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Vice caché sur un bateau de plaisance

Une coque qui cloque, un moteur qui n'a pas l'usure annoncée, une structure qui travaille : sur un bateau, les défauts les plus coûteux sont précisément ceux qu'on ne voit pas à quai. Le régime, lui, n'a rien de maritime — c'est celui de la vente, le même que pour une voiture ou un camping-car.

Un runabout italien en acajou verni amarré le long d’un ponton de bois en fin d’après-midi, sa coque se reflétant dans l’eau calme.
Illustration À quai, une coque ne montre rien. C’est hors de l’eau que le défaut se constate.

L'essentiel en bref

Un bateau de plaisance se vend sous le régime de la garantie des vices cachés (art. 1641 du code civil). Trois conditions, cumulatives : un défaut antérieur à la vente, caché — que l'acheteur ne pouvait déceler —, et assez grave pour qu'il n'ait pas acheté, ou pas à ce prix.

Une spécificité maritime, et elle est décisive : tout acte translatif de propriété sur un navire enregistré est, à peine de nullité, constaté par écrit (art. L. 5114-1 du code des transports). Une vente conclue de la main à la main n'a pas la solidité d'une transaction automobile.

Le délai est de deux ans à compter de la découverte du vice (art. 1648 du code civil), sans excéder vingt ans depuis la vente (art. 2232 du code civil).

L'osmose, le délaminage et l'usure réelle du moteur ne se voient pas à quai : ici plus qu'ailleurs, tout se joue sur l'expertise.

Le même droit que pour une voiture

C'est le point qui surprend, et c'est une bonne nouvelle : la vente d'un bateau de plaisance ne relève d'aucun régime dérogatoire. Ce sont les articles 1641 et suivants du code civil, ceux-là mêmes qui s'appliquent à une berline d'occasion ou à un camping-car.

Les trois conditions sont donc identiques, et il faut les réunir toutes les trois.

La conditionCe qu'elle veut dire sur un bateau
Le défaut est antérieur à la venteIl existait déjà, même en germe, au moment où vous avez signé. Une osmose ne se déclare pas en trois semaines : c'est un processus long, et c'est ce qui rend l'antériorité plus facile à établir ici qu'ailleurs.
Le défaut est cachéVous ne pouviez pas le déceler par un examen normal. Un bateau à flot ne montre pas sa carène ; un moteur qui démarre au ponton ne dit rien de ses heures réelles. Le vendeur n'est pas tenu des vices apparents (art. 1642 du code civil).
Le défaut est assez graveIl rend le bateau impropre à sa destination, ou en diminue tellement l'usage que vous ne l'auriez pas acheté, ou à un moindre prix. Un bateau qu'on ne peut pas mettre à l'eau sans travaux lourds y répond sans discussion.

Ce qui se plaide vraiment sur un bateau

Le droit est commun ; les désordres, non. Quatre familles reviennent, et elles n'ont ni le même coût ni la même difficulté de preuve.

Cas voisin, fondement différent

Si ce sont les heures moteur qui ont été falsifiées

Alors il ne s'agit pas d'un vice caché. Le bateau livré n'est pas celui qui a été vendu : c'est un défaut de délivrance conforme, et cela change tout — le délai passe à cinq ans, et aucune expertise judiciaire n'est imposée pour l'établir.

C'est exactement le raisonnement que nous appliquons au compteur kilométrique trafiqué. Choisir le bon fondement, ici, change le délai, la charge de la preuve et l'issue.

L'écrit, et pourquoi il change la donne

C'est la seule vraie spécificité maritime, et elle est trop peu connue de ceux qui achètent entre particuliers.

« Tout acte constitutif, translatif ou extinctif de la propriété ou de tout autre droit réel sur un navire enregistré est, à peine de nullité, constaté par écrit. L'acte comporte les mentions propres à l'identification des parties intéressées et du navire » (art. L. 5114-1 du code des transports).

Autrement dit : là où une voiture se vend valablement d'un mot et d'un virement, la cession d'un navire enregistré suppose un écrit, et sa nullité est encourue à défaut. Cet acte est aussi le document qui fixe ce qui a été dit du bateau — l'année, le moteur, l'équipement, les travaux annoncés. C'est la première pièce que nous demandons, avant même l'expertise.

Une précision qui a son importance : le texte vise le navire enregistré, c'est-à-dire la navigation maritime. La plaisance en eaux intérieures obéit à d'autres règles, et nous ne les traitons pas ici.

L'expertise, encore plus décisive qu'ailleurs

Sur une voiture, un garage ouvre le moteur et constate. Sur un bateau, il faut le sortir de l'eau, le laisser sécher, et faire intervenir quelqu'un qui sait lire une coque. Rien de tout cela n'est immédiat, et rien n'est gratuit.

Deux conséquences pratiques. D'abord, la mesure d'humidité du stratifié se fait dans des conditions précises : un relevé pris trop tôt après la sortie d'eau ne vaut pas grand-chose, et c'est un terrain de discussion classique entre experts. Ensuite, l'expertise amiable ne suffit pas devant le juge : une décision ne peut être fondée exclusivement sur une expertise non judiciaire réalisée à la demande d'une partie (Cass. 3e civ., 14 mai 2020, nos 19-16.278 et 19-16.279). Elle reste très utile pour négocier — pas pour gagner seule.

C'est donc l'arbitrage à poser d'emblée : expertise amiable pour ouvrir la discussion, ou référé-expertise pour installer un expert judiciaire avant que le bateau ne bouge, ne soit réparé, ou ne soit revendu.

Ce que vous pouvez demander

Le code civil ouvre deux voies, et vous choisissez (art. 1644 du code civil) : rendre le bateau et vous faire restituer le prix, ou le garder en vous faisant rembourser une partie de ce que vous avez payé.

À quoi s'ajoute une distinction qui pèse lourd selon la personne du vendeur. Celui qui ignorait le vice ne doit que la restitution du prix et les frais occasionnés par la vente (art. 1646 du code civil). Le vendeur professionnel — chantier, courtier, revendeur — est présumé connaître les défauts de ce qu'il vend, et doit en outre des dommages et intérêts (art. 1645 du code civil). Entre un achat au chantier et un achat de ponton à ponton, l'enjeu n'est pas le même. Nous traitons également ce type de dossier du côté du professionnel mis en cause.

Les délais, et le piège du bateau qu'on n'utilise pas

L'action se prescrit par deux ans à compter de la découverte du vice (art. 1648 du code civil), et non de la vente — sans pouvoir excéder vingt ans depuis le jour de la vente (art. 2232 du code civil).

Le point de départ est donc la découverte. Sur un bateau, c'est à la fois un avantage et un risque : un défaut peut n'apparaître qu'au premier carénage, parfois deux saisons après l'achat — le délai n'a pas couru pour autant. Mais l'inverse est vrai : si vous avez constaté quelque chose et laissé passer deux saisons sans agir, le délai, lui, a couru. Une cloque signalée à un chantier, un devis demandé, un message envoyé au vendeur : ce sont des dates, et elles comptent.

Ce qu'il faut faire dès le doute

Le cabinet intervient sur ce type de dossier comme sur les litiges d'achat automobile : c'est le même droit, la même exigence de preuve, et la même question posée d'emblée — le dossier tient-il, et sur quel fondement.

Un défaut découvert après l'achat de votre bateau ?

L'acte de vente, l'annonce d'origine et le premier constat du chantier suffisent pour dire quel fondement s'applique, quel délai court, et si l'expertise doit être amiable ou judiciaire.

Exposer ma situation → 04 78 24 81 15

Questions fréquentes

Le régime du vice caché s'applique-t-il vraiment à un bateau ?

Oui, et sans aménagement. La vente d'un bateau de plaisance relève des articles 1641 et suivants du code civil, comme celle d'une voiture ou d'un camping-car. Les trois conditions sont les mêmes : un défaut antérieur à la vente, caché, et suffisamment grave pour que vous n'ayez pas acheté ou pas à ce prix. Il n'existe pas de « droit du vice caché maritime » distinct.

L'osmose est-elle un vice caché ?

Elle en présente les caractéristiques plus souvent qu'aucun autre désordre : c'est un processus lent, donc généralement antérieur à la vente, et il est invisible sur un bateau à flot, donc caché. Reste la gravité, qui s'apprécie au cas par cas selon l'étendue de l'atteinte et le coût du traitement. Ce n'est jamais automatique — mais c'est le terrain où le fondement se démontre le mieux.

Le vendeur m'a menti sur les heures moteur : est-ce un vice caché ?

Ce n'est probablement pas le bon fondement, et c'est une bonne nouvelle. Un bateau dont les heures moteur ont été falsifiées n'est pas celui qui vous a été vendu : c'est un défaut de délivrance conforme. Le délai est alors de cinq ans, et aucune expertise judiciaire n'est imposée. C'est le même raisonnement que pour le compteur kilométrique trafiqué.

La vente n'a fait l'objet d'aucun écrit : est-ce grave ?

C'est un point à examiner d'emblée. Tout acte translatif de propriété sur un navire enregistré est, à peine de nullité, constaté par écrit, et cet acte doit comporter les mentions permettant d'identifier les parties et le navire (art. L. 5114-1 du code des transports). L'absence d'écrit n'est donc pas une simple négligence administrative.

Combien de temps ai-je pour agir ?

Deux ans à compter de la découverte du vice (art. 1648 du code civil) — et non de la vente —, sans pouvoir dépasser vingt ans depuis le jour de la vente (art. 2232 du code civil). Attention au piège propre au bateau : un défaut signalé lors d'un carénage puis laissé de côté deux saisons a fait courir le délai. Ce sont vos propres messages et devis qui datent la découverte.

Puis-je me contenter d'une expertise amiable ?

Pour négocier, oui, et c'est souvent suffisant. Devant le juge, non : une décision ne peut être fondée exclusivement sur une expertise non judiciaire réalisée à la demande d'une partie (Cass. 3e civ., 14 mai 2020, nos 19-16.278 et 19-16.279). Elle doit être corroborée. C'est pourquoi l'arbitrage entre amiable et référé-expertise se pose dès le premier rendez-vous.

Que puis-je obtenir : l'annulation ou une somme ?

Le choix vous appartient : rendre le bateau et vous faire restituer le prix, ou le garder en vous faisant rendre une partie du prix (art. 1644 du code civil). S'y ajoutent, selon le vendeur, des dommages et intérêts : le vendeur qui ignorait le vice ne doit que la restitution et les frais de la vente (art. 1646 du code civil), tandis que le professionnel, présumé connaître les défauts, en doit davantage (art. 1645 du code civil).

J'ai acheté à un particulier : ai-je moins de droits ?

Le fondement est le même, la démonstration est plus exigeante. Le vendeur professionnel est présumé connaître les vices de ce qu'il vend, et cette présomption est difficile à combattre. Face à un particulier, la discussion porte sur ce qu'il savait réellement au moment de la vente — d'où l'importance de l'annonce, des échanges écrits et de l'acte. Voir notre page sur le vice caché entre particuliers.

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Me Charles Savary — avocat associé, Barreau de Lyon.
Contentieux automobile et défense pénale routière.