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Contester l'expertise de l'assureur

Le rapport arrive, il est technique, il conclut contre vous, et le courrier qui l'accompagne le présente comme définitif. Il ne l'est pas — et le principe qui le dit est solidement établi.

L'essentiel en bref

L'expertise que votre assureur a commandée est un rapport unilatéral : il l'a demandé, il l'a payé, et vous n'avez pas été appelé à y participer. C'est un élément du débat, ce n'est pas le débat.

Le principe a été posé nettement : un juge ne peut pas fonder sa décision exclusivement sur une expertise non judiciaire réalisée unilatéralement à la demande d'une partie, lorsqu'elle n'est corroborée par aucun autre élément de preuve (Cass. 2e civ., 2 mars 2017, n° 16-13.337, dans un dossier de vol de véhicule). La Cour de cassation l'a réaffirmé en matière civile (3e civ., 14 mai 2020, nos 19-16.278 et 19-16.279).

Trois voies s'ouvrent alors, et elles ne se valent pas : la contre-expertise que le contrat prévoit parfois, l'expertise amiable contradictoire, et l'expertise judiciaire ordonnée en référé.

Pourquoi un rapport unilatéral ne suffit pas

Ce n'est pas une question de compétence de l'expert : c'est une question de contradictoire.

Un rapport établi à la demande d'une seule partie, hors votre présence, sans que vous ayez pu faire valoir vos observations ni proposer d'autres hypothèses, n'offre pas les garanties d'un débat équilibré. C'est pourquoi la Cour de cassation, visant le code de procédure civile et la Convention européenne des droits de l'homme, censure les décisions qui s'y fondent exclusivement.

Retenez le mot : exclusivement. Le rapport n'est pas écarté des débats, il ne peut simplement pas porter la décision à lui seul. Toute la stratégie consiste donc à produire ce qui le contredit — ou à faire ordonner une expertise qui, elle, sera contradictoire.

Les trois voies, et laquelle choisir

La voieCommentCe qu'elle vaut
La contre-expertise prévue au contratDe nombreux contrats organisent la désignation d'un second expert, à vos frais, et parfois d'un troisième en cas de désaccord. Vérifiez vos conditions générales.Rapide et peu coûteuse. Mais elle reste contractuelle : elle n'oblige pas le juge.
L'expertise amiable contradictoireUn expert intervient en présence des deux parties, chacune pouvant faire valoir ses observations.Bien plus solide qu'un rapport unilatéral, parce que contradictoire. Souvent le meilleur rapport coût/efficacité.
L'expertise judiciaire en référéLe juge désigne un expert avant tout procès, s'il existe un motif légitime (art. 145 du code de procédure civile).La plus forte. Mais elle s'avance : les honoraires de l'expert sont des dépens (art. 695 4° CPC) et peuvent dépasser 10 000 € sur un dossier lourd.

Le choix n'est pas seulement juridique, il est économique : sur un litige portant sur la valeur d'un véhicule courant, une expertise judiciaire peut coûter une part importante de l'enjeu. C'est l'un des arbitrages que nous posons dès le premier rendez-vous.

Ne faites rien démonter avant

C'est l'erreur la plus coûteuse, et elle est irréversible. Ce que l'expert ne peut plus examiner ne pourra plus être retenu — et comme la charge de la preuve pèse le plus souvent sur vous, l'incertitude joue contre vous.

Dans un dossier où nous défendions un professionnel, une hypothèse défavorable à notre client n'a pas pu être vérifiée parce que les pièces avaient été démontées avant l'expertise : sa responsabilité n'a pas été engagée. Ce qui l'a servi ce jour-là peut vous desservir demain.

Si l'urgence impose une intervention, faites constater l'état avant, et conservez les pièces déposées.

Ce qui se conteste dans un rapport

Un rapport se lit ligne à ligne, et il se conteste rarement en bloc. Cinq angles reviennent.

Le cas particulier de la valeur retenue

Lorsque le désaccord ne porte pas sur la cause du sinistre mais sur le montant, la contestation change de nature : ce n'est plus la technique qui se discute, c'est le marché.

La valeur de remplacement à dire d'expert se combat avec l'état d'entretien et son carnet, le kilométrage, les options oubliées dans le chiffrage, les travaux récents facturés, et surtout des annonces comparables au jour du sinistre. Une cote nationale n'est pas un marché. Voir notre page véhicule économiquement irréparable.

Ce qu'il faut faire en recevant le rapport

Un rapport conclut contre vous ?

Transmettez-nous le rapport, votre contrat et les pièces dont vous disposez. Nous vous dirons ce qui se conteste utilement, par quelle voie, et à quel coût.

Exposer ma situation → 04 78 24 81 15

Questions fréquentes

L'expertise de mon assureur s'impose-t-elle à moi ?

Non. C'est un rapport unilatéral : commandé et payé par une seule partie, sans que vous soyez appelé à y participer. Un juge ne peut pas fonder sa décision exclusivement sur une telle expertise lorsqu'elle n'est corroborée par aucun autre élément (Cass. 2e civ., 2 mars 2017, n° 16-13.337).

Quelle est la différence entre contre-expertise et expertise judiciaire ?

La contre-expertise est prévue par votre contrat : rapide, à vos frais, mais elle reste contractuelle et n'oblige pas le juge. L'expertise judiciaire est ordonnée par un juge, contradictoire, et bien plus forte — mais elle s'avance et peut dépasser 10 000 € sur un dossier lourd.

Qu'est-ce qu'une expertise amiable contradictoire ?

Un expert intervient en présence des deux parties, chacune pouvant faire valoir ses observations. C'est souvent le meilleur rapport entre le coût et la solidité : bien plus opposable qu'un rapport unilatéral, sans l'avance d'une expertise judiciaire.

Puis-je faire désigner un expert avant tout procès ?

Oui, par un référé-expertise : le juge désigne un expert avant tout procès s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve de faits (art. 145 du code de procédure civile). C'est souvent le premier acte utile, car il fige les constatations pendant que le véhicule est encore en état.

Puis-je faire réparer en attendant ?

Évitez-le. Ce que l'expert ne peut plus examiner ne pourra plus être retenu, et l'incertitude joue contre celui qui doit prouver. Si l'urgence l'impose, faites constater l'état avant intervention et conservez les pièces déposées.

Sur quoi conteste-t-on concrètement un rapport ?

Sur ce qui n'a pas été formellement constaté, sur la confusion entre l'effet et la cause, sur ce qui est avancé sans être justifié — une fourchette, une datation —, sur le périmètre de la mission, et sur la fiabilité de la méthode employée. Un rapport se conteste ligne à ligne, rarement en bloc.

Contester l'expertise interrompt-il le délai de deux ans ?

Non, et c'est un piège fréquent. Les causes d'interruption sont limitativement énumérées : seule une lettre recommandée réclamant le règlement de l'indemnité interrompt la prescription (art. L. 114-2 du code des assurances). Une lettre qui conteste l'expertise sans rien réclamer n'interrompt rien.

Le désaccord porte sur le montant, pas sur la cause

Alors la contestation change de nature : ce n'est plus la technique qui se discute mais le marché. La valeur de remplacement se combat avec le carnet d'entretien, le kilométrage, les options omises, les travaux récents facturés et des annonces comparables au jour du sinistre. Voir véhicule économiquement irréparable.

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Me Charles Savary — avocat associé, Barreau de Lyon.
Contentieux automobile et défense pénale routière.