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L'avis à victime : ce qu'il faut en faire

Une enveloppe du tribunal, un imprimé sans chaleur, souvent des mois après les faits. Rien n'y ressemble à une convocation, et beaucoup de gens le rangent en se disant qu'ils verront plus tard. C'est précisément le moment où vos droits s'ouvrent — et le moment où ils peuvent se refermer sans que personne vous prévienne.

L'essentiel en bref

L'avis à victime est le courrier par lequel le parquet informe le plaignant de la date de l'audience (art. 391 du code de procédure pénale). Ce n'est pas une citation : rien ne vous oblige à venir. Mais l'audience se tiendra sans vous, et le tribunal ne statue que sur ce qu'on lui demande.

Pour être indemnisé, il faut se constituer partie civile : au greffe, à l'audience même — sans avocat obligatoire (art. 418 du code de procédure pénale) —, ou par écrit, parvenu au tribunal vingt-quatre heures au moins avant l'audience, pièces jointes — sans avoir à comparaître (art. 420-1 du code de procédure pénale).

Le point de non-retour n'est pas la date de l'audience mais un moment de celle-ci : avant les réquisitions du ministère public sur le fond (art. 421 du code de procédure pénale).

Si l'auteur est condamné, vos frais d'avocat peuvent être mis à sa charge (art. 475-1 du code de procédure pénale).

Ce que ce papier est, et ce qu'il n'est pas

Le texte tient en une phrase : « Toute personne ayant porté plainte est avisée par le parquet de la date de l'audience » (art. 391 du code de procédure pénale). Le parquet vous informe. Il ne vous convoque pas, il ne vous ordonne rien, et votre absence ne vous sera jamais reprochée.

C'est ce qui trompe. Un document qui n'exige rien donne le sentiment qu'on peut le traiter plus tard. Or l'audience, elle, aura lieu — une fois, à la date indiquée. Le tribunal jugera le prévenu, prononcera une peine, et ne dira rien de votre préjudice : un juge ne statue que sur ce qui lui est demandé. C'est toute la différence entre être informé d'un procès et y prendre part.

Si vous ne comprenez pas le français, vous avez droit, à votre demande, à une traduction de l'avis d'audience — à titre exceptionnel, une traduction ou un résumé oral (art. 391, deuxième alinéa).

À ne pas confondre

Si le document porte le mot « citation »

Un avis à victime arrive par la poste et émane du parquet. Si un commissaire de justice — l'ancien huissier — vous a remis un acte portant le mot citation, ou si l'on vous convoque comme témoin, ce n'est pas le même document et ce n'est pas le même régime. Une citation, elle, oblige.

Dans le doute, le premier réflexe est de lire l'en-tête : qui écrit, et sous quel intitulé. C'est ce que nous regardons en premier quand on nous envoie un courrier de tribunal.

Les deux formes que vous recevrez le plus souvent

Elles se ressemblent, et n'ouvrent pas le même calendrier.

Ce que vous recevezCe que cela veut dire
Un avis d'audienceL'auteur sera jugé devant le tribunal correctionnel, à une date fixée. Toute personne ayant porté plainte en est avisée par le parquet (art. 391 du code de procédure pénale). C'est le cas le plus fréquent, et celui qui laisse le plus de temps pour préparer.
Un avis de CRPCLe procureur a choisi la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité — la procédure dite « du plaider-coupable ». La victime identifiée en est informée sans délai et par tout moyen, et invitée à comparaître en même temps que l'auteur, le cas échéant assistée de son avocat, pour se constituer partie civile et demander réparation (art. 495-13 du code de procédure pénale). Ici, les délais sont courts.

Se constituer partie civile : trois façons

C'est l'acte qui fait de vous une partie au procès, et non un simple spectateur. Il n'y a rien de solennel : c'est une déclaration, et elle peut prendre trois formes.

Le même article ajoute la phrase qui règle la question que tout le monde pose : « la partie civile n'est pas tenue de comparaître ». Une demande écrite, envoyée à temps et documentée, vaut mieux qu'une présence sans pièces — et infiniment mieux qu'une absence silencieuse.

Le vrai point de non-retour n'est pas la date de l'audience

C'est un moment dans l'audience. La déclaration doit intervenir avant les réquisitions du ministère public sur le fond (art. 421 du code de procédure pénale) — c'est-à-dire avant que le procureur ne demande la peine. Après, il est trop tard pour cette audience.

Et une soupape, peu connue, qui a sauvé des dossiers : si le délai de vingt-quatre heures n'a pas été respecté, mais que le tribunal a effectivement eu connaissance de votre constitution avant ces réquisitions, son irrecevabilité ne peut pas être relevée (art. 420-1 du code de procédure pénale). Autrement dit : un courrier parti tard vaut toujours mieux qu'un courrier jamais parti.

Si vous n'avez pas pu faire valoir vos droits

Trois situations différentes, et aucune n'est un point final.

Vous n'avez pas reçu l'avis. Lorsque l'avis d'audience a été adressé à la victime sans qu'il soit établi qu'elle l'a reçu, le tribunal qui juge l'action publique — parce qu'il estime que votre présence n'est pas indispensable aux débats — peut renvoyer le jugement de l'action civile à une audience ultérieure. Il doit alors en fixer la date, et vous en aviser (art. 391, troisième alinéa, du code de procédure pénale).

C'était une CRPC, et vous n'avez pas pu exercer vos droits. Le procureur de la République doit alors vous informer que vous pouvez lui demander de citer l'auteur des faits devant le tribunal correctionnel, qui statuera sur les seuls intérêts civils (art. 495-13 du code de procédure pénale). C'est une seconde audience, consacrée à votre seule réparation.

Le président a statué sans vous. En matière de CRPC, il statue même en l'absence de comparution, dès lors qu'une demande a été formée (art. 495-13, qui renvoie à l'art. 420-1 du code de procédure pénale). L'ordonnance rendue sur vos intérêts civils est susceptible d'appel.

Ce que le tribunal peut vous accorder

Deux choses, et elles se demandent séparément.

Vos dommages-intérêts, d'abord : la partie civile peut, à l'appui de sa constitution, demander la réparation « du préjudice qui lui a été causé » (art. 418 du code de procédure pénale). Ce qui n'est pas chiffré et justifié ne sera pas alloué — d'où l'importance des pièces jointes à la demande.

Vos frais d'avocat, ensuite. C'est l'équivalent pénal de l'article 700 : le tribunal condamne l'auteur de l'infraction à payer à la partie civile « la somme qu'il détermine, au titre des frais non payés par l'État et exposés par celle-ci » (art. 475-1 du code de procédure pénale). Le texte est franc sur ses limites : le tribunal tient compte de l'équité ou de la situation économique du condamné, et peut même d'office décider qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Ce n'est donc pas un remboursement automatique, et il suppose une condamnation.

Et s'il ne paie pas ?

C'est la question qui vient toujours après, et il existe un dispositif fait pour cela : le service d'aide au recouvrement des victimes d'infractions, porté par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions.

À défaut de paiement volontaire dans un délai de deux mois suivant le jour où la décision sur les dommages et intérêts est devenue définitive, la partie civile peut saisir ce fonds d'une demande d'aide au recouvrement — laquelle porte aussi sur les sommes allouées au titre de l'article 475-1 (art. 706-15-2 du code de procédure pénale).

⚠️ Un délai à ne pas laisser filer : à peine de forclusion, la demande doit être présentée dans le délai d'un an à compter du jour où la décision est devenue définitive. Le fonds peut relever de la forclusion pour tout motif légitime — mais on ne construit pas un dossier sur cette indulgence.

Si les faits sont un accident de la route

Alors deux procédures avancent en parallèle, et il ne faut pas choisir entre elles.

D'un côté l'audience correctionnelle, qui juge le conducteur et peut statuer sur votre réparation. De l'autre l'assureur du responsable, tenu par la loi du 5 juillet 1985 à un calendrier contraignant et à une offre chiffrée. Se constituer partie civile n'interrompt pas cette discussion et ne vous fait renoncer à rien.

Le dossier pénal contient d'ailleurs ce qui manque presque toujours à la négociation amiable : le procès-verbal, les mesures, les auditions, l'expertise en accidentologie. La constitution de partie civile vous en ouvre l'accès. Tout ce qui est propre à ce régime — la loi Badinter, les délais imposés à l'assureur, la consolidation, la nomenclature d'évaluation — est détaillé sur notre page indemnisation des victimes d'accident de la route.

Ce qu'il faut faire en le recevant

Nous intervenons régulièrement à ces audiences, des deux côtés de la barre. Si vous avez reçu un avis à victime, envoyez-le nous : sa nature, la date et les articles visés suffisent à dire ce qui est en jeu, ce qui est encore possible, et ce qu'il faut préparer d'ici là.

Vous avez reçu un avis à victime ?

Le courrier lui-même, la date d'audience et les articles visés suffisent pour dire ce qui se joue, dans quel délai, et ce qu'il faut réunir avant l'audience.

Exposer ma situation → 04 78 24 81 15

Questions fréquentes

Suis-je obligé de me présenter à l'audience ?

Non. L'avis à victime n'est pas une citation : le parquet vous informe de la date (art. 391 du code de procédure pénale), il ne vous convoque pas, et votre absence ne vous sera pas reprochée. Mais l'audience aura lieu sans vous. Si vous ne pouvez pas venir, adressez une demande écrite : la loi prévoit expressément que « la partie civile n'est pas tenue de comparaître » lorsqu'elle s'est constituée par courrier (art. 420-1 du code de procédure pénale).

Ai-je besoin d'un avocat pour me constituer partie civile ?

Non, la loi le dit en toutes lettres : « Le ministère d'un avocat n'est pas obligatoire » (art. 418 du code de procédure pénale). Vous pouvez vous constituer seul, à l'audience, et demander des dommages-intérêts. Ce qui change avec un avocat, ce n'est pas le droit d'agir : c'est le chiffrage des postes, la constitution du dossier de pièces, et la discussion des conclusions adverses.

Jusqu'à quand puis-je me constituer partie civile ?

Le point de non-retour n'est pas la date de l'audience mais un moment de l'audience : avant les réquisitions du ministère public sur le fond (art. 421 du code de procédure pénale). Et si vous avez écrit trop tard, tout n'est pas perdu : lorsque le délai de vingt-quatre heures n'a pas été respecté mais que le tribunal a eu connaissance de votre constitution avant ces réquisitions, son irrecevabilité ne peut pas être relevée (art. 420-1 du code de procédure pénale).

Comment demander une indemnisation sans me déplacer ?

Par lettre recommandée avec avis de réception, par télécopie ou par voie électronique, parvenue au tribunal vingt-quatre heures au moins avant l'audience, en joignant toutes les pièces justificatives de votre préjudice — elles sont immédiatement versées au dossier (art. 420-1 du code de procédure pénale). Chiffrez votre demande poste par poste : ce qui n'est ni chiffré ni justifié ne sera pas alloué.

Je n'ai jamais reçu l'avis et l'audience a eu lieu : que puis-je faire ?

Le texte a prévu ce cas. Lorsque l'avis a été adressé à la victime sans qu'il soit établi qu'elle l'a reçu, le tribunal qui juge l'action publique peut renvoyer le jugement de l'action civile à une audience ultérieure, dont il fixe la date et dont la victime doit être avisée (art. 391, troisième alinéa, du code de procédure pénale). Faites-vous connaître du greffe sans attendre.

J'ai reçu un avis de CRPC : est-ce la même chose ?

C'est le même objectif, un calendrier beaucoup plus court. En comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, la victime identifiée est informée sans délai et par tout moyen, et invitée à comparaître en même temps que l'auteur pour se constituer partie civile et demander réparation (art. 495-13 du code de procédure pénale). Si vous n'avez pas pu exercer ce droit, le procureur doit vous informer que vous pouvez lui demander de faire citer l'auteur devant le tribunal correctionnel, qui statuera sur les seuls intérêts civils.

Le tribunal peut-il condamner l'auteur à payer mes frais d'avocat ?

Il le peut, sans que ce soit automatique. Le tribunal condamne l'auteur de l'infraction à payer à la partie civile « la somme qu'il détermine, au titre des frais non payés par l'État et exposés par celle-ci » (art. 475-1 du code de procédure pénale) — c'est l'équivalent pénal de l'article 700 du code de procédure civile. Le texte précise que le tribunal tient compte de l'équité ou de la situation économique du condamné, et qu'il peut même d'office dire n'y avoir lieu à cette condamnation.

Le tribunal m'a accordé des dommages-intérêts, mais le condamné ne paie pas.

Il existe un dispositif fait pour cela. À défaut de paiement volontaire dans les deux mois suivant le jour où la décision est devenue définitive, vous pouvez saisir le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions d'une demande d'aide au recouvrement, qui porte aussi sur les sommes allouées au titre de l'article 475-1 (art. 706-15-2 du code de procédure pénale). ⚠️ À peine de forclusion, la demande doit être présentée dans le délai d'un an à compter de ce même jour.

Se constituer partie civile m'empêche-t-il de négocier avec l'assureur ?

Non, et c'est important quand les faits sont un accident de la route. Les deux voies avancent en parallèle : la constitution de partie civile ne suspend pas la discussion amiable et ne vous fait renoncer à rien. Elle vous ouvre en revanche l'accès à l'entier dossier de l'enquête — procès-verbaux, mesures, auditions —, pièces qui manquent presque toujours à la négociation avec l'assureur. Le détail est sur notre page indemnisation des victimes d'accident de la route.

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loi Badinter, délais de l'assureur, postes de préjudice

La CRPC
le plaider-coupable, vu du côté de la victime comme de l'auteur

Honoraires
protection juridique, aide juridictionnelle, article 475-1

Me Charles Savary — avocat associé, Barreau de Lyon.
Contentieux automobile et défense pénale routière.