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Relaxé, mais redevable

C'est une décision qui déroute : le tribunal vous déclare non coupable, vous renvoie des fins de la poursuite — et vous condamne malgré tout à payer. Ce n'est pas une contradiction, et c'est souvent un bon résultat.

L'essentiel en bref

Lorsqu'une infraction est constatée sans que le conducteur soit identifié, le titulaire du certificat d'immatriculation est redevable pécuniairement de l'amende encourue (art. L. 121-3 du code de la route). Cela concerne les excès de vitesse, les distances de sécurité, les voies réservées et les signalisations imposant l'arrêt.

Le texte ajoute la phrase qui change tout : « La personne déclarée redevable en application du présent article n'est pas responsable pénalement de l'infraction. »

Concrètement : aucun point n'est retiré, rien n'est inscrit au casier judiciaire, et la condamnation n'est pas une condamnation pénale. Reste une amende, de nature civile, à payer.

Pour beaucoup de dossiers — un professionnel qui a besoin de son permis, un employeur dont la flotte est flashée, une personne soumise à une condition d'honorabilité —, c'est le résultat recherché, et il est souvent atteignable quand la relaxe totale ne l'est pas.

Ce que le tribunal décide réellement

La formule du jugement paraît contradictoire quand on la lit pour la première fois. Elle ne l'est pas : le tribunal statue sur deux plans distincts.

Le planCe qui est décidéLa conséquence
L'action publiqueVous êtes déclaré non coupable et renvoyé des fins de la poursuite.Aucun point retiré. Rien au casier judiciaire. Pas de récidive constituée pour l'avenir.
La redevabilitéVous êtes déclaré pécuniairement redevable de l'amende encourue.Une somme à payer, de nature civile — et rien d'autre.
Un dossier que nous avons plaidé

Non coupable, redevable de 600 €

Notre cliente était poursuivie pour un excès de vitesse d'au moins 40 km/h et inférieur à 50 km/h. Le tribunal l'a déclarée non coupable et renvoyée des fins de la poursuite.

Il l'a dans le même temps déclarée pécuniairement redevable de l'amende encourue pour un excès de vitesse d'au moins 20 et inférieur à 50 km/h, et fixé cette amende civile à 600 €.

Le président a rappelé qu'un paiement dans le mois du prononcé ouvrait droit à une diminution de 20 %, et que ce paiement ne faisait pas obstacle à l'exercice des voies de recours. Un droit fixe de procédure de 31 € s'est ajouté.

Aucun point n'a été retiré, et rien n'a été inscrit au casier.

Dossier réel, anonymisé. Chaque affaire est un cas d'espèce : ce récit décrit une stratégie, il n'annonce aucun résultat pour un autre dossier.

Quand ce mécanisme s'applique

Il ne joue pas pour toutes les infractions. L'article L. 121-3 vise limitativement :

Le texte prévoit par ailleurs des règles propres selon le titulaire : lorsque le certificat d'immatriculation est au nom d'une personne morale, la redevabilité pèse sur son représentant légal ; en cas de location, sur le locataire ; en cas de vente, sur l'acquéreur.

Comment s'en exonérer

La redevabilité n'est pas automatique. Le titulaire y échappe s'il établit l'une des trois situations prévues par le texte.

Ne confondez pas avec la désignation du conducteur

Ce sont deux mécanismes distincts, et les confondre coûte cher. La désignation est une obligation propre au représentant légal d'une personne morale, sanctionnée en elle-même. La redevabilité pécuniaire est ce qui reste lorsque le conducteur n'est pas identifié.

Avant de répondre à un avis de contravention reçu au nom d'une société, faites vérifier lequel des deux vous est opposé : la réponse ne s'improvise pas.

Ce qui s'ajoute à l'amende

Pourquoi c'est souvent l'objectif

Dans beaucoup de dossiers, l'enjeu réel n'est pas la somme mais le permis et le casier.

Un artisan, un commercial, un chauffeur, un professionnel dont l'activité est subordonnée à une condition d'honorabilité : pour eux, la différence entre une condamnation pénale et une redevabilité pécuniaire n'est pas une nuance juridique, c'est la conservation de leur activité. Obtenir la relaxe assortie de la seule redevabilité est alors un bon résultat, même s'il faut payer.

C'est également vrai pour un dirigeant dont la flotte est régulièrement contrôlée : voir notre page droit routier et permis de conduire et, si une condamnation ancienne bloque un emploi, l'exclusion du bulletin n° 2.

Vous avez reçu une convocation ou un avis ?

L'avis de contravention, la carte grise et les éléments dont vous disposez sur ce jour-là suffisent pour dire ce qui est atteignable. Le calendrier est court : n'attendez pas.

Exposer ma situation → 04 78 24 81 15

Questions fréquentes

Comment peut-on être relaxé et devoir payer ?

Ce ne sont pas les mêmes plans. Sur l'action publique, vous êtes déclaré non coupable : aucun point retiré, rien au casier. Sur la redevabilité, vous restez tenu de l'amende encourue comme titulaire du certificat d'immatriculation. Le texte le dit expressément : « la personne déclarée redevable […] n'est pas responsable pénalement de l'infraction » (art. L. 121-3 du code de la route).

Vais-je perdre des points ?

Non. C'est tout l'intérêt de ce mécanisme. La redevabilité pécuniaire n'est pas une condamnation pénale : elle n'entraîne aucun retrait de points et aucune inscription au casier judiciaire.

Quelles infractions sont concernées ?

Le texte vise limitativement les vitesses maximales autorisées, le respect des distances de sécurité, l'usage des voies réservées et les signalisations imposant l'arrêt — feu rouge, stop. Les autres infractions n'entrent pas dans ce dispositif.

Comment échapper à la redevabilité ?

En établissant l'une des trois situations prévues : un vol, un autre événement de force majeure comme une usurpation de plaques, ou tout élément permettant d'établir que vous n'êtes pas l'auteur véritable de l'infraction. Cette dernière voie est la plus large — elle n'impose pas de dénoncer quelqu'un.

Le véhicule est au nom de ma société : qui paie ?

La redevabilité pèse sur le représentant légal de la personne morale. Attention à ne pas confondre avec l'obligation de désignation du conducteur, qui est un mécanisme distinct et sanctionné en lui-même. Avant de répondre à un avis reçu au nom d'une société, faites vérifier lequel des deux vous est opposé.

Le véhicule était loué, ou je venais de le vendre

Le texte le prévoit : lorsque le véhicule était loué, la redevabilité pèse sur le locataire ; lorsqu'il a été vendu, sur l'acquéreur. Encore faut-il en justifier — contrat de location, certificat de cession avec sa date d'enregistrement.

Puis-je payer et contester quand même ?

Oui. Le paiement de l'amende ou du droit fixe de procédure ne fait pas obstacle à l'exercice des voies de recours. Et si vous payez dans le mois du prononcé, le montant est diminué de 20 %, dans la limite de 1 500 € (art. 707-3 du code de procédure pénale). En cas de recours ultérieur victorieux, il vous appartient de demander la restitution des sommes versées.

Pourquoi viser ce résultat plutôt que la relaxe totale ?

Parce qu'il est souvent atteignable quand la relaxe totale ne l'est pas, et qu'il préserve l'essentiel. Pour un artisan, un commercial, un chauffeur ou un professionnel soumis à une condition d'honorabilité, la différence entre une condamnation pénale et une simple redevabilité n'est pas une nuance : c'est la conservation de l'activité.

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Me Charles Savary — avocat associé, Barreau de Lyon.
Contentieux automobile et défense pénale routière.